
Le 17 janvier à Asunción (Paraguay), la présidente de la Commission Ursula von der Leyen et le président du Conseil européen António Costa ont signé l’accord de partenariat UE-Mercosur.
Cet accord est le résultat d'un processus de négociation d’une durée et d’une complexité exceptionnelles, qui s’est étalé sur plus de 25 ans. Avec l'approbation du Conseil, l'Union européenne franchit une étape importante vers l’instauration d’une coopération plus étroite avec les pays du Mercosur : l'Argentine, le Brésil, le Paraguay et l'Uruguay. Les deux blocs créent ensemble la plus grande zone de libre-échange au monde, qui représente 700 millions de personnes.
Mais que contient-il exactement ? Nous répondons ici aux questions que l’on nous pose le plus souvent :
Quel est l'objectif de l'accord UE-Mercosur?
Pour la Commission européenne, cet accord est bien plus qu'un accord commercial classique. Ce partenariat, c’est un outil stratégique qui renforcera la position de l’Europe dans un contexte géopolitique et économique de plus en plus instable. En renforçant ses liens avec certains pays d’Amérique latine, l'Europe veut élargir son réseau de partenaires fiables, partageant les mêmes valeurs et réduire sa dépendance à l’égard d’un nombre trop restreint de partenaires commerciaux. L'accord offre également un cadre de coopération pour relever des défis mondiaux tels que les droits de l’homme et le changement climatique.
Quelle est l'importance du commerce international pour la Belgique?
Le commerce est l’un des piliers de l’économie belge : on estime que 895 000 emplois belges (soit 1 emploi sur 6) sont soutenus par les exportations belges et européennes au niveau mondial. Les relations commerciales avec le Mercosur sont déjà importantes aujourd'hui, avec des échanges de biens et de services atteignant globalement 8,6 milliards d'euros. L'accord devrait renforcer ces relations en abaissant les droits de douane et en supprimant certains obstacles au commerce.
Quels sont les avantages économiques de l'accord pour l’Europe et à la Belgique?
Sur le plan économique, l'accord promet des avantages considérables pour les entreprises, les biens et les services européens, qui bénéficieront d’un accès facilité au marché du Mercosur. Les exportateurs économiseront ensemble plus de 4 milliards d'euros de droits à l'importation chaque année. Les PME en particulier, qui représentent déjà environ la moitié des exportateurs européens vers le Mercosur, se voient offrir de nouvelles opportunités grâce à la réduction des droits de douane et des charges administratives. D’ici à 2040, les exportations européennes vers les pays du Mercosur augmenteraient de près de 50 milliards d’euros. Parallèlement, il permettra d’améliorer l’accès à des matières premières stratégiques et critiques, ce qui est essentiel pour la sécurité économique de l’UE.
Un certain nombre de secteurs européens – comme ceux de l'industrie automobile, de la construction mécanique, de la chimie, des produits pharmaceutiques et des équipements électriques – en bénéficieront particulièrement. L’accord est également synonyme de nouvelles opportunités d’exportation pour le secteur agricole. Les perspectives de croissance supplémentaire concernent surtout les boissons, les fruits et légumes, les produits laitiers et les huiles végétales comme l'huile d'olive. Les tarifs douaniers élevés appliqués actuellement sur le vin, le chocolat, l'huile d'olive, les spiritueux, le fromage et le lait en poudre diminueront considérablement voire disparaîtront. Les entreprises européennes de transformation alimentaire verront également augmenter la demande pour leurs produits, ce qui profitera aux nombreux agriculteurs qui les approvisionnent.
Focus sur quelques avantages pour la Belgique spécifiquement : l'accord supprime les droits à l'importation sur 91 % de tous les produits, ce qui profite à la quasi-totalité des exportations belges. Ce sont surtout les secteurs industriels qui se démarquent. Les exportations belges de produits chimiques et pharmaceutiques vers le Mercosur s'élèvent déjà à 2,1 milliards d'euros, tandis que les machines et les équipements électriques représentent 700 millions d'euros d'exportations. Autres bénéficiaires de l’accord : les équipements de transport, les produits en plastique et en caoutchouc et les instruments de précision. Les tarifs douaniers sur ces produits – qui atteignent actuellement jusqu’à 35 % – disparaitrons de manière immédiate ou progressive. Enfin, des produits typiquement belges comme le chocolat seront plus faciles à exporter, car l’accord commercial éliminera complètement les droits de douane à l'exportation, alors qu’ils peuvent atteindre 55 % actuellement.
À côté des échanges de biens, l'accord crée également des opportunités pour le secteur belge des services. La Belgique exporte pour 415 millions d'euros de services par an vers le Mercosur, principalement dans les secteurs des services aux entreprises, des transports et de la propriété intellectuelle. L'accord ouvre en outre le marché des services du Mercosur dans des secteurs comme les services financiers, les télécommunications, les transports, le commerce numérique et les services environnementaux.
L'accord est particulièrement bénéfique pour les PME belges, qui représentent 96 % de l'ensemble des exportateurs. Il leur assurera non seulement une réduction de coûts via la baisse des tarifs douaniers, mais aussi un allégement des charges administratives et des procédures douanières. Grâce à un meilleur accès à l'information, aux marchés publics et à un soutien spécifique aux petites entreprises, il sera plus facile pour les PME belges de se développer aussi en Amérique du Sud.
Quelles conséquences pour les agriculteurs belges?
L'accord ouvre de nouvelles perspectives pour les agriculteurs et producteurs de denrées alimentaires belges. Les tarifs douaniers actuels (qui s’élève jusqu'à 55 %) entravent l'accès au marché. L'accord réduit ou supprime ces prélèvements, ce qui devrait aider les agriculteurs belges à augmenter encore leurs exportations, d'une valeur de quelque 269 millions d'euros aujourd'hui. Dans le même temps, les secteurs sensibles restent protégés par des quotas stricts et des mécanismes de sauvegarde, notamment pour la viande bovine, la viande porcine et la volaille, sans affaiblir les normes de sécurité alimentaire élevées de l’UE.
Comment l'UE protège-t-elle les secteurs sensibles?
La Commission a explicitement tenu compte des préoccupations des agriculteurs européens et des États membres. L'accord contient un ensemble sans précédent de mesures de protection des secteurs sensibles. Par exemple, les quotas de viande et de volaille importées qui bénéficieront de droits à l'importation réduits sont limités: le quota pour la viande bovine est de 99 000 tonnes par an, ce qui représente 1,5 % de la production totale de l'UE. Le quota pour la volaille représente 1,3 %. Les importations au-delà de ces quotas resteront soumises à des droits à l’importation. En outre, ces quotas sont introduits progressivement et peuvent être suspendus en cas de perturbation du marché. À cela s’ajoute la mise en place de mécanismes de sauvegarde solides permettant à la Commission d’intervenir rapidement si les importations d’un produit donné perturbent le marché européen.
Quelles sont les mesures de contrôle prévues ?
À côté des quotas, l’UE attache également une grande importance au contrôle et à l’application correcte de l’accord. L’accord prévoit des contrôles renforcés des normes de production en matière de sécurité alimentaire et de durabilité, en mettant particulièrement l’accent sur les pesticides et le bien-être animal. Le nombre d'audits dans les pays non-membres de l'UE devrait augmenter de 50 % et le nombre d'audits aux postes de contrôle frontaliers de l'UE de 33 % en 2026-2027. En outre, un engagement a été pris pour mieux harmoniser les normes de production. En cas de pression sur les marchés agricoles européens est prévu un filet de sécurité de 6,3 milliards d'euros.
Les indications géographiques belges sont-elles protégées ?
Oui. La protection des indications géographiques est un avantage important pour la Belgique. Au total, 14 produits belges sont protégés contre les imitations dans les pays du Mercosur, parmi lesquels le Jambon d’Ardenne, le Fromage de Herve, le Beurre d’Ardenne, le Pâté gaumais, le Genièvre/Genever, la Gentse azalea et plusieurs vins wallons. Cette protection permet aux producteurs de se démarquer plus nettement et de vendre leurs produits à des prix plus élevés.
L'accord vise-t-il uniquement des intérêts économiques ?
Non. L'accord UE-Mercosur poursuit non seulement des intérêts économiques, il mise aussi sur une coopération internationale stable et il offre un cadre pour les consultations sur le climat, les droits de l'homme, la transition numérique etc.
Où en est le processus institutionnel ?
Une étape importante a été franchie avec la décision du Conseil du 9 janvier 2026. Les États membres ont approuvé la signature de l’accord UE-Mercosur à la majorité qualifiée. Cela signifie que la décision a été adoptée avec le soutien d’au moins 15 États membres représentant 65 % de la population de l’UE. Le vote à la majorité qualifiée n’est pas une exception mais la norme au sein de l’UE: cette procédure est celle suivie pour environ 80 % de toute la législation européenne.
Le 17 janvier 2026, l’accord a été officiellement signé par des représentants de l’UE et des pays du Mercosur.
Que se passera-t-il après la signature?
L'accord comprend deux volets : l’accord de partenariat UE-Mercosur (APEM), qui est l’accord-cadre global, et un accord intérimaire sur le commerce (AIC), qui ne couvre que les compétences exclusives de l’UE (dont le commerce).
L'Accord de partenariat UE-Mercosur (APEM) doit être ratifié par tous les parlements nationaux. L'accord intérimaire suit la procédure de ratification européenne et requiert l'approbation du Parlement européen. Une fois ratifié par les pays du Mercosur, l'AIC peut entrer en vigueur. Concrètement, le volet commercial de l'accord pourrait potentiellement débuter dès 2026. L'accord intérimaire expirera automatiquement lors de l'entrée en vigueur de l'accord de partenariat dans son intégralité.
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Détails
- Date de publication
- 17 janvier 2026
- Auteur
- Représentation en Belgique