J’ai un rêve. Pas celui de Martin Luther King, le mien. Un rêve où la liberté ne s’arrête pas au seuil de la porte de ma fille. Un rêve qui ne saute pas une génération avant de parvenir à ma petite-fille. Un rêve où le genre dit qui nous sommes, sans jamais nous assigner. Où naître fille ne constitue pas un risque.
Ce rêve, je refuse de le murmurer. Je suis déterminée à ce qu’il devienne réalité.
Et le moment est venu. Nous vivons actuellement un recul des droits des femmes. On nous parle de progrès. Pourtant, trop souvent, ce progrès se retourne contre celles qu’il prétend servir. La technologie, conçue pour nous rapprocher, nous éloigne. Des armées de bots attisent la haine. Les deepfakes usurpent les visages et les voix des femmes, les privent de leur dignité et transforment l’innovation en outil d’intimidation.
En politique, comme dans le monde économique, les vieux stéréotypes ont simplement revêtu des habits neufs. Les biais sont moins criants ou voyants: ils codent, ils calculent, ils excluent en silence. Tandis que nous nous retranchons dans des chambres d’écho numériques, une fracture plus profonde se creuse. Filles et garçons s’éloignent. La méfiance prend le pas sur la compréhension, la polarisation sur le vivre ensemble.

Ce n’est pas l’avenir qui nous avait été promis. Ce n’est pas celui que je souhaite pour ma petite-fille.
Lorsque j’ai pris mes fonctions, il y a un peu plus d’un an, j’ai fait le choix d’aller plus loin que des vœux pieux. Une vision n’a de sens que si elle devient réalité. L’espoir n’a de portée que s’il se traduit en actes. Les mots n’ont de poids que s’ils protègent.
Nous ne partons pas de zéro. Depuis la Stratégie pour l’égalité entre les femmes et les hommes adoptée en 2020, l’Europe a transformé ses engagements en résultats concrets. Nous avons fait adopter des législations historiques pour lutter contre les violences fondées sur le genre, instaurer la transparence salariale, renforcer l’équilibre vie professionnelle-vie privée et accroître la présence des femmes aux postes de responsabilité. C’est la preuve que l’Union européenne sait agir et obtenir des résultats lorsqu’elle fait preuve de détermination.
En 2023, nous avons franchi une étape décisive en adhérant à la Convention d’Istanbul. Affirmant ce message clair : protéger les femmes ne relève pas seulement d’une responsabilité nationale, c’est une obligation européenne.
L’an dernier, l’ensemble des États membres et le Parlement européen ont approuvé les huit principes fondamentaux de la feuille de route pour les droits des femmes. Un engagement commun pour protéger, renforcer l’autonomie et permettre à chaque femme, à chaque fille, de réaliser pleinement son potentiel.
Nous sommes sur la bonne voie. Mais le progrès ne doit jamais devenir synonyme de complaisance. Il ne peut servir d’alibi à l’inaction. Nous pouvons et devons réduire les inégalités persistantes.
La semaine dernière, nous avons présenté la nouvelle Stratégie pour l’égalité entre les femmes et les hommes qui nous permettra de faire face et de répondre aux défis actuels : la montée des cyberviolences, la prolifération des deepfakes qui, alimentées par l’intelligence artificielle, frappent de manière disproportionnée les femmes et les filles. Elle s’attaque aussi aux récits toxiques en ligne, qui dressent les garçons contre les filles, fragilisent nos sociétés et sapent la confiance en nos démocraties.
Notre objectif est simple et ambitieux à la fois : faire vivre l’égalité dans toutes les sphères de la vie, en ligne comme hors ligne, dans le domaine de la santé comme dans celui de l’éducation, en garantissant l’autonomie économique des femmes et leur pleine participation aux décisions. L’égalité profite à tous et nous avons besoin de tout le monde pour l’atteindre : hommes, femmes, garçons, filles, indépendamment de l’âge, de l’origine, de la culture ou des convictions.
L’égalité c’est un bénéfice partagé. À lui seul, l’écart d’emploi entre les femmes et les hommes coûterait 390 milliards d’euros par an à l’Union européenne. Ce sont des talents laissés de côté, de l’innovation inexploitée. L’Europe ne peut se permettre un tel gaspillage.
Aujourd’hui, j’ose espérer. Nous mettons tout en œuvre pour bâtir une Union compétitive où chacun peut devenir ce qu’il ou elle aspire à être, indépendamment de son genre : scientifique ou infirmier, mathématicienne ou pilote, entrepreneure ou aidant, dirigeante ou responsable politique. Une véritable Union de l’égalité.
En tant que commissaire européenne à l’Égalité, je porterai cet objectif dans chacune de mes décisions.
La Journée internationale des droits des femmes, c’est un moment de célébration. C’est aussi un rappel : nous avons toujours dû lutter pour avancer en faisant preuve de courage, de persévérance et de solidarité, en Europe et au-delà. Nous ne laisserons pas cet héritage s’effriter. Nous protégerons ces acquis, relancerons les dynamiques et ferons barrage à toute tentative de retour en arrière.
Parce que nos filles et petites-filles méritent davantage qu’un rêve.
Parce qu’elles méritent un monde qui se tient résolument à leurs côtés.
Le moment est venu.