L'évolution récente de la situation au Moyen-Orient nous rappelle de manière brutale à quel point notre monde est interconnecté. Les ondes de choc du conflit dans le Golfe se font rapidement sentir sur l'économie mondiale, entraînant une hausse des prix du pétrole et du gaz, ainsi qu'une augmentation des tarifs dans tous les secteurs, des produits chimiques aux engrais en passant par les denrées alimentaires. En cette période de tensions géopolitiques croissantes, nous devons nous rapprocher de partenaires qui partagent nos valeurs et notre vision d'un ordre mondial fondé sur des règles.
C'est pour cela que je suis en Australie aujourd'hui. Géographiquement, l'Union européenne et l'Australie se situent aux antipodes l'une de l'autre, et les défis qui se posent aujourd'hui peuvent donner l'impression que cette distance est encore plus grande. Mais l'histoire nous raconte une autre réalité. À maintes reprises, lors des crises marquantes du siècle dernier, nous avons uni nos forces. Nous ne sommes pas de lointains inconnus : nous partageons, comme diraient les Australiens, le véritable ""mateship". Et en cette nouvelle période d'instabilité, il est de notre devoir de renforcer encore davantage ces liens.

L'Australie se trouve au cœur de la région indo-pacifique, qui est en passe de devenir le centre de gravité de l'économie mondiale. Cette région abrite environ 60 % de la population mondiale et compte certaines des économies à la croissance la plus rapide au monde. Plus de 40 % des importations de l'UE proviennent de la région indo-pacifique, et les voies maritimes qui la traversent sont le pilier de notre prospérité. Pour l'Europe, renforcer ses liens avec cette région relève d'une nécessité stratégique.
Une coopération plus étroite entre l'UE et l'Australie renforcera la sécurité de nos sociétés. Depuis longtemps, des plages de Normandie au rôle actuel de l'Australie, premier soutien à l'Ukraine parmi les pays non-membres de l'OTAN, nous unissons nos forces pour défendre la liberté. Comme le montrent une nouvelle fois les événements en cours au Moyen-Orient, l'instabilité dans une région a des répercussions bien au-delà des frontières. La stabilité de la région indo-pacifique est donc indissociable de la sécurité et de la prospérité de l'Europe.
C'est pourquoi nous lançons un partenariat UE-Australie en matière de sécurité et de défense. Il permettra d'étendre les exercices conjoints, d'approfondir la coopération face aux cybermenaces et aux menaces hybrides et de renforcer les liens entre nos industries de défense. Les entreprises européennes sont déjà très présentes en Australie : Thales y emploie près de 3 800 personnes, et Rheinmetall est le premier fournisseur de véhicules militaires pour l'armée australienne. Ce partenariat renforcera davantage cette collaboration, créera des économies d'échelle et réduira les coûts pour les deux parties.
Partager la prospérité c'est partager la sécurité. Tel est le principe fondateur de l'Union européenne, et c'est également ce qui définit nos relations avec l'Australie. Avec une économie de 1 700 milliards d'euros, ce pays est déjà le troisième partenaire commercial de l'UE et sa deuxième destination d'investissement. Notre relation ne repose pas seulement sur le commerce, mais aussi sur des valeurs et des normes démocratiques communes, des droits du travail à la sécurité en ligne.
Pourtant, nos relations économiques n'ont pas suivi le rythme de nos ambitions ; il est temps de les moderniser. C'est pourquoi l'UE et l'Australie ont pour objectif de signer un accord de libre-échange historique. Cet accord mettra fin aux droits de douane sur la plupart des échanges entre l'UE et l'Australie et pourrait faire augmenter le PIB européen de 4 milliards d'euros d'ici à 2030. Il permettra de libéraliser les flux d'investissement dans les deux sens. Actuellement, les investisseurs européens en Australie sont soumis à des seuils de contrôle plus stricts que leurs concurrents asiatiques. Dans le même temps, les fonds de retraite australiens, qui gèrent près de 3 000 milliards d'euros d'actifs, sont à la recherche de destinations d'investissement stables à l'étranger. L'Europe s'impose comme une destination de choix pour ces fonds et l'ouverture de ces canaux est clairement bénéfique pour les deux parties.
En plus d'être alignées, nos économies sont complémentaires. Comme l'a déclaré le Premier ministre Albanese, l'Australie abrite la quasi-totalité des minéraux critiques du tableau périodique. C'est le plus grand fournisseur mondial de lithium et le pays possède des matières premières essentielles pour alimenter les technologies propres de demain – des voitures électriques en Espagne aux éoliennes en mer Baltique. Cet accord permet de garantir l'accès à ces matières premières essentielles. Et comme il prévoit la suppression des droits de douane non seulement sur les matières premières, mais aussi sur les produits transformés, il favorise les investissements conjoints dans la transformation locale et la fabrication à plus forte valeur ajoutée.
À une époque où les matières premières essentielles sont de plus en plus utilisées comme armes, l'Europe et l'Australie peuvent faire figure d'exception. Ensemble, nous pouvons mettre en place des chaînes d'approvisionnement à la fois sûres et responsables, qui soutiennent les communautés locales tout en respectant des normes environnementales élevées.
Ces accords s'inscrivent dans le cadre des efforts plus larges déployés par l'Europe pour assurer son indépendance stratégique. Dans un monde marqué par les conflits et la coercition économique, la souveraineté passe par une réduction de la dépendance. Elle implique de veiller à ce qu'aucun pays ne puisse utiliser l'accès à l'énergie, aux semi-conducteurs ou aux minéraux de terres rares comme un moyen de pression pour prendre nos économies en otage. Cette indépendance ne peut se construire en vase clos. Elle repose sur des partenariats solides et diversifiés avec des alliés de confiance.
Cette ambition, l'Europe la partage avec l'Australie et bien d'autres pays. Les flux commerciaux ne diminuent pas, mais ils se redéploient. De l'Inde au Mexique, du Brésil à l'Australie, tous ces pays aspirent aux mêmes idéaux : la sécurité, la prospérité et la liberté de tracer leur propre voie.
Dans ce paysage en pleine évolution, l'Union européenne apparaît comme un partenaire stable et fiable. Nous étendons nos relations à travers le monde entier. Rien qu'au cours des trois premiers mois de cette année, nous avons conclu des accords historiques avec le Mercosur, l'Inde et, désormais, l'Australie – une véritable "trilogie commerciale". Ensemble, nous construisons un réseau engagé en faveur d'un commerce ouvert et équitable.
En fin de compte, ce que nous construisons, c'est une relation de confiance. Nous sommes convaincus que transparence et sécurité peuvent aller de pair. Convaincus que les partenariats renforcent la souveraineté au lieu de l'affaiblir. Et nous prouvons que, dans un monde incertain, c'est en restant unis que nos alliés sont les plus forts.