Le Soudan se trouve à nouveau à un tournant périlleux. Dans un pays qui subit les conséquences de la guerre et de la violence depuis plus de 3 ans, la situation a malheureusement des airs de «déjà vu».
Nous n’avons pas gardé le silence l’année dernière lorsque nous avons été témoins des atrocités commises à El Fasher et nous nous exprimons aujourd’hui pour éviter qu’une situation similaire ne se reproduise.
En nos qualités de commissaire européenne à l’égalité, à l’état de préparation et à la gestion des crises, et de commissaire de l’Union africaine chargée de la santé, des affaires humanitaires et du développement social, nous nous inquiétons vivement de l’aggravation des conséquences humanitaires des violences qui touchent plus de 605 000 personnes vivant dans la ville d’El Obeid et dans les zones rurales environnantes de la localité de Sheikan, ainsi que du mépris persistant du droit international humanitaire et des principes les plus fondamentaux du respect de la vie et de la dignité des civils.

La poursuite des hostilités et des attaques contre les infrastructures civiles aggrave une crise humanitaire déjà dévastatrice. Pour plus de 563 000 civils pris au piège dans la ville d’El Obeid, dont plus de 105 000 personnes déplacées qui ont déjà fui la violence ailleurs, les conséquences d’une nouvelle escalade seraient catastrophiques, en particulier pour les populations les plus vulnérables, notamment les femmes, les enfants ainsi que pour les personnes déplacées de force, que ces déplacements soient récents ou plus anciens.
Ces dernières semaines ont été marquées par une intensification des attaques visant les stations-service et les dépôts de carburant, les places de marché, les établissements de santé, les convois commerciaux et les quartiers résidentiels. Tous ces lieux constituent des infrastructures civiles protégées par le droit international humanitaire (DIH). Les partenaires humanitaires font état d’une aggravation des pénuries de carburant, d’eau et d’électricité, tandis que les écoles, les marchés, les magasins et les entrepôts humanitaires ont fermé leurs portes dans de nombreuses régions, privant ainsi les familles de biens et de services de première nécessité.
Nous sommes profondément préoccupées par les avertissements selon lesquels une offensive contre El Obeid pourrait entraîner des déplacements massifs et exposer les civils à des risques sérieux, notamment à de graves violations des droits de l’homme et du droit international humanitaire. Nous souhaitons souligner à nouveau que la protection des civils ne doit jamais être considérée comme facultative. Le droit international humanitaire doit être respecté par toutes les parties, à tout moment et en toutes circonstances. Les Forces de soutien rapide doivent immédiatement cesser toutes les opérations militaires qui mettent en danger des civils à El Obeid et dans ses environs.
La voie à suivre est désormais évidente. Premièrement, les combats doivent cesser. Un cessez-le-feu est essentiel pour empêcher que les civils ne souffrent davantage et pour éviter une nouvelle vague de déplacements de population. Deuxièmement, l’accès humanitaire doit être protégé. El Obeid est une plateforme essentielle pour les opérations d’aide dans l’ensemble du Kordofan, et toute perturbation des voies d’accès couperait les lignes de vie de centaines de milliers de personnes ayant besoin de protection, de sécurité et d’aide humanitaire. Troisièmement, les responsables de violations doivent répondre de leurs actes. Les civils ne peuvent pas continuer à payer le prix de l’impunité.
Les organisations humanitaires font tout ce qui est en leur pouvoir, notamment en prépositionnant des denrées alimentaires, des fournitures médicales et des kits de lutte contre le choléra à El Obeid et dans ses environs. Mais l’action humanitaire ne permet pas à elle seule de faire face aux conséquences de l’escalade de la violence. Une aide d’urgence est nécessaire pour soutenir les opérations de secours et permettre une réponse rapide à mesure que la situation évolue.
La population soudanaise mérite d’être protégée, d’avoir accès à l’aide et de pouvoir espérer la paix. La communauté internationale doit agir dès maintenant pour faire respecter ces droits fondamentaux avant que d’autres vies ne soient perdues.
Au nom de l’UE et de l’UA, nous réitérons notre appel en faveur d’un cessez-le-feu immédiat et d’un accès humanitaire sans entrave. Toutes les parties au conflit ont l’obligation juridique et morale stricte de respecter les principes du droit international humanitaire et de faire preuve de la plus élémentaire humanité. Nous sommes sans voix face à cette nouvelle catastrophe en matière de droits de l'homme qui se déroule à El Obeid et qui aurait pu être évitée. Alors même que nous continuons à œuvrer avec la communauté internationale pour trouver une solution pacifique à la guerre au Soudan, il revient aux parties au conflit de faire respecter le droit de la guerre, de le mettre en pratique et de sauver des vies.